Art

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S'imaginer une chose, se la représenter, fait de nous des hommes. L'art, c'est donner du sens, générer du sens au même titre que le quête de Dieu ou la religion.

Notes, 1962 SOURCE
Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 8

Étant donné qu'il n'y a ni justesse absolue ni vérité absolue, nous aspirons à la vérité l'artificielle prédominante et somme toute humaine. Nous créons un système de valeurs et une vérité qui en exclut d'autres. L'Art prend part à cette fabrication de la vérité.

Notizen 1962 SOURCE

Gerhard Richter. Text 1961 bis 2007. Schriften, Interviews, Briefe, Verlag der Buchhandlung Walther König, Köln, 2008, dans Dietmar Elger, Gerhard Richter, Édition Hazan, 2010, ( traduit de l'allemand par Caroline Jouannic ), p. 270


Pop art is neither an American invention nor an import, yet the terms and names were coined in the US, where they were popularised much faster than in Germany. This kind of art has evolved organically and independently over here, yet at the same time it becomes an analogy to American pop art due to certain psychological, cultural and economical preconditions that are the same in Germany as they are in the US. [...] For the first time we are showing paintings in Germany that relate to those terms, representing pop art, junk culture, imperial or capitalistic realism, new figuration, naturalism, German pop and other comparable terms.

Lettre à »Neue Deutsche Wochenschau«, 29 avril 1963 SOURCE

Monopol. Magazin für Kunst und Leben, November 2014, p. 64.


Il ne s'agit pas d'exprimer un dogme dans l'œuvre d'art. Les tableaux que l'on peut interpréter et qui contiennent un sens sont de mauvais tableaux. Tout tableau est confusion, syllogisme et aberration. Il montre une infinitude d'aspects et nous ôte notre assurance parce qu'il abolit la notion et le nom de l'objet. Il nous montre l'objet dans son infinitude, la pluralité de ses significations et ne permet d'émettre ni jugement ni avis.

Notes, 1964-65 SOURCE
Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 37

L'art n'est pas un substitut de religion, mais une religion ( au sens de « relier ». Un lien avec le non identifiable, le déraisonnable, le surnaturel ). Ceci ne veut pas dire que l'art ressemble à une église et endosse une fonction ( éducation, formation, interprétation et sens ). Mais, comme l'église ne suffit plus à faire percevoir la transcendance ni à incarner la religion, l'art en tant que transposition, est le seul pratiquant d'une religion, c'est-à-dire la religion en soi.

Notes, 1964-65 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 39


Depuis qu'il n'y a plus ni prêres ni philosophes, les artistes sont les personnes les plus importantes au monde. C'est la seule chose qui m'intéresse.

Notes, 1966 SOURCE
Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 57

Comment interprétez-vous votre rôle de peintre dans notre société ?
Comme le rôle de chacun. J'essaye de comprendre ce qui se passe. Nous ignorons beaucoup de choses et j'essaye de mieux comprendre en procédant par analogies. Quand je reproduis un objet, c'est également une analogie de l'objet existant. Or je m'efforce purement et simplement de le saisir en le reproduisant. Je souhaite éviter tout esthétisme afin de ne me créer aucun obstacle et de n'avoir aucun problème si j'entends dire : Ah bon ! c'est ainsi qu'il voit et interprète le monde !

Entretien avec Rolf-Gunter Dienst, 1970 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 62


L’art est l'ultime forme de l’espoir.

Texte pour la Documenta 7 1982 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 110


Pourtant certains ont bien tenté de vous étiqueter. Le « Réalisme capitaliste »  était une sorte de marque qu'on vous avait collée. Et vous êtes à l'origine de cette expression.
Oui, mais nous avons été surpris, car, pour nous, c'était une blague. Konrad Lueg et moi, nous faisions un happening, et n'avons employé cette expression que dans ce contexte, pour lui donner un nom attrayant, qui a été immédiatement réutilisé. C'est impossible de se défendre, mais tout cela n'est pas grave.

Entretien avec Wolfgang Pehnt, 1984 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 126


Pourriez-vous nous en dire plus sur ce Manifeste du Réalisme capitaliste ?
C’était un happening qu’on avait fait en 1963 avec Konrad Lueg dans le magasin de meubles ; il était dit dans certains journaux que c’était le vernissage d’une exposition mais les gens qui sont venus ne savaient pas qu’ils allaient assister à un genre de performance. Je ne pense pas que le fait que cet événement soit devenu quelque part célèbre ne soit, en fait, vraiment justifié. On s’est bien amusés, et l’expression elle-même de Capitalisme réaliste a juste eu un retentissement. Mais ce n’était, après tout, pas grand-chose.

Interview with Dorothea Dietrich, 1985 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 157, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


À l'origine, je viens de Dresde, où le réalisme socialiste a prévalu. Konrad Lueg et moi avons inventé ce terme, en grande partie de façon ironique, puisque je vis maintenant dans le capitalisme. C'était certainement le « réalisme », mais sous une autre forme – une forme de capitalisme, en quelque sorte. Ce n'était pas censé être quelque chose de sérieux. C’était plus comme un slogan que l’on avait conçu pour cette performance en particulier pour un magasin de meubles.

Interview with Dorothea Dietrich, 1985 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 189, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


L'art est la pure concrétisation du sentiment religieux, de la foi, de la nostalgie de Dieu. [...] L'aptitude à croire est notre faculté essentielle et elle ne se concrétise de façon appropriée que dans l'art. Si, en revanche, nous étanchons notre soif de croyances dans une idéologie, nous ne provoquons que des désastres.

Notes, 1988 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 183


Le terme « informel » apparaît fréquemment dans les textes et les entretiens. Tu ne le refuses pas catégoriquement, mais tu distingues la peinture informelle du réalisme. En même temps, ton travail est comme une réaction contre le maniérisme stylistique prédominant à l'époque et les jeux de l'école tachiste informelle qui sont nés de l'automatisme. Le terme « informel » traduit et monte cette possibilité en épingle. Aujourd'hui, que signifie-t-il pour toi ?
Les tachistes, les artistes de l'« action painting » informelle et autres ne représentent qu'une partie d'un mouvement qui comprend beaucoup d'autres tendances. Pour moi, Beuys a également un côté informel; mais cette mouvance est née avec Duchamp et l'utilisation du hasard, avec Mondrian ou même avec les impressionnistes; L'informel est le contraire de la composition classique, donc de ce qui se faisait sous la monarchie, à l'époque des hiérarchies clairement définies.

Vu sous cet angle, tu continues à te considérer comme un informel ?
Fondamentalement. L'ère informelle vient juste de commencer.

Entretien avec Hans Ulrich Obrist, 1993 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 281


En général, le Pop Art américain se concentre sur l'imagerie grand public et sur la culture de masse. Mais, auparavant, vous m'avez dit que l'artiste Pop allemand Polke, Lueg et vous vouliez représenter une expérience et une vision plus large de la réalité. Je me demandais si vous pourriez nous en dire plus sur cette vision plus large au vu de l’attention porté à ce mouvement artistique américain ?
Peut-être que nous n'avons même pas cette chance. Le message du Pop Art américain était si puissant et si optimiste. Mais il était aussi très limité, et cela nous a amenés à croire que nous pouvions nous en éloigner et communiquer une intention différente.

Alors, d'où vient cette différence ?
Il n'était pas possible pour nous de produire le même optimisme et le même genre d'humour ou d'ironie. En fait, ce n’était pas de l'ironie. Lichtenstein n'est pas ironique, mais il a un sens de l'humour particulier. Voilà comment je pourrais décrire cela: l'humour et l'optimisme. Pour Polke et moi, tout était plus fragmenté. Mais la façon dont cela a été brisé est difficile à décrire.

MoMA Interview with Robert Storr, 2002 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, pp. 408/413, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


Croyez-vous que l'on puisse parler dans votre cas d'une renaissance de la peinture provoquée par Fluxus ?
Qui, extérieurement, c'est-à-dire du point de vue du tableau, c'était le pop art avec ses motifs nouveaux, mais Fluxus apportait encore une autre dimension qui possédait quelque chose d'inconvenant, d'aberrant. C'était fascinant. Ces actions à Aix-la-Chapelle et Düsseldorf, avec Cage, Paik, Beuys et tant d'autres, c'est quelque chose que je n'ai plus jamais retrouvé par la suite.

Du pop, de l'Est-Ouest et de quelques-unes des sources documentaires. Uwe M. Schneede s'entretient avec Gerhard Richter SOURCE

Gerhard Richter. Images d'une époque, Hirmer Verlag, Munich, 2011, p. 106


Vous vous qualifiez parfois de peintre classique.
La signification précise de ce mot m'a toujours échapée, mais même si je l'utilise improprement, le « classique » a toujours été mon idéal, aussi longtemps que je puisse m'en souvenir. ll m'en est resté quelque chose qui m'a toujours accompagné, jusqu'à aujourd'hui. J'ai rencontré des difficultés, naturellement, parce que, comparé à mon idéal, je ne m'en suis jamais ne serait-ce qu'approché.

Je n'ai rien à dire et je le dis. Entretien avec Gerhard Richter, Nicholas Serota, printemps 2011 SOURCE

Gerhard Richter. Panorama. Rétrospective, Édition du Centre Pompidou, Paris, p. 15


Et qu'est-ce qui relie Vermeer, Palladio, Bach et Cage ?
C'est précisément cette qualité dont je viens de parler. Ce n'est jamais affecté, ni étonnant et élégant, ni déconcertant, ni spirituel, ni intéressant, ni cynique, ça ne peut être prémédité et probablement même pas décrit. C'est tout simplement bon.

Je n'ai rien à dire et je le dis. Entretien avec Gerhard Richter, Nicholas Serota, printemps 2011 SOURCE

Gerhard Richter. Panorama. Rétrospective, Édition du Centre Pompidou, Paris, p. 17


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