Photo-peintures

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Cette fois-ci, tout le sol est recouvert de magazines illustrés que j'ai découpés, ma nouvelle marotte (depuis 8 jours) : découper des images dans des magazines, en détremper les couleurs avec du diluant et les estomper suivant ce que je cherche. Ça me botte terriblement. Les illustrés m'ont toujours séduit, certainement à cause de l'actualité documentaire. J'ai également fait quelques tentatives pour peindre ce genre de choses en grand. On verra bien ce que ça donnera. Je fais là quelque chose qui ressemble un peu à une nouvelle tendance : le Pop Art (de populaire), ça doit être né en Amérique et ça échauffe les esprits.

Lettre à deux amis artistes. De Düsseldorf, 10 mars 1963, à Helmut et Erika Heinze SOURCE

Gerhard Richter. Images d'une époque, Hirmer Verlag, Munich, 2011, p. 54


Je peins principalement des reproductions de photos (trouvées dans des magazines, mais aussi des photos de famille). Dans un sens, c'est un problème stylistique, la forme est naturaliste, bien que la photo ne soit pas une chose naturelle, mais préfabriquée (le second-hand-world où nous vivons), je ne suis pas obligé de styliser artificiellement, car c'est seulement sous des conditions bien spécifiques que la stylisation (altération de forme et de couleur) contribue à élucider un objet et un contenu (d'ordinaire, la stylisation devient le problème majeur qui occulte tout le reste [objet, contenu], elle tourne à l'artifice immotivé, au formalisme devenu tabou.

Lettre à deux amis artistes. Du Danemark, 19 juillet 1963, à Helmut et Erika Heinze SOURCE

Gerhard Richter. Images d'une époque, Hirmer Verlag, Munich, 2011, p. 56


Si je peins d'après photo, la pensée conciente est annihilée. Je ne sais plus ce que je fais. Mon travail se rapproche davantage de l'informel que de n'importe quelle autre forme de réalisme. La photo possède une abstraction qui lui est propre et qu'il est difficile de pénétrer.

Notes, 1964-65 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 33


Pour ce qui est de la surface: peinture à l'huile sur toile de lin, technique traditionnelle. Mes tableaux ont peu à voir avec la photo, ils sont entièrement peinture ( peu importe ce que l'on entend par là ). D'autre part, ils ressemblent si étrangement à la photo, que ce qui distingue la photo des autres images subsiste.

Notes, 1964-65 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 36


Vous travaillez d’après des modèles photographiques. Selon quels critères choisissez-vous vos motifs ?

C'est probablement une sélection de type négatif puisque j'évite tout ce qui peut avoir trait aux grands problèmes, aux problèmes sociaux, à la peinture et à l'esthétique en général. J'essaye de trouver l'intangible, c'est pourquoi un grand nombre de sujets sont très ordinaires, mais inversement, je m'efforce de faire de cette banalité ma préoccupation et ma marque. C'est donc une forme de fuite.

 

Entretien avec Rolf-Gunter Dienst, 1970 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 60


Pourquoi la plupart de vos toiles ressemblent-elles à des photos floues?
Je n’ai jamais trouvé quelque chose qui manquait dans une toile floue. Au contraire, vous pouvez y voir beaucoup plus de choses que dans un tableau exécuté avec une extrême netteté. Un paysage peint dans le moindre détail vous force à voir un nombre déterminé d’arbres, clairement différenciés tandis que, dans une toile floue, vous pouvez percevoir autant d’arbres que vous voulez. La peinture est plus ouverte.

Interview with Irmeline Lebeer, 1973 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 81, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale )


Est-ce que vos premiers tableaux en noir et blanc possèdent une qualité différente de ceux en couleurs, voire une signification différente à vos yeux? Par exemple, est ce que le noir et blanc était une façon, pour vous, de prendre plus de distance ou était-ce un moyen d’essayer d’illustrer une forme d’objectivité ?
Fondamentalement, c’était juste plus inhabituel, à cette époque, de peindre à l’huile en noir-et-blanc et plus réel car tous les journaux, la diète journalière photographique, y compris la télévision, était en noir-et-blanc, ce qui est difficile à imaginer de nos jours. C’est pourquoi cela a donné à la peinture une forme d'objectivité, ce qui représentait quelque chose de complètement nouveau. En les regardant maintenant, leur ressemblance avec la photographie et la qualité documentaire ne sont pas aussi évidentes car les tableaux ressemblent simplement à des peintures. Mais la photographie en noir-et-blanc a réussi à conserver une qualité unique ; le FAZ [Frankfurter Allgemeine Zeitung] utilise encore des photographies noir-et-blanc quand la plupart les préfèrerait probablement en couleurs.

Interview with Babette Richter, 2002 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 442, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


Mais vous suivriez aujourd'hui avec intérêt ces interprétations du contenu de votre œuvre et diriez que les motifs n'étaient pas le produit du hasard ?
Il y a une raison à tout et le choix des photos n'échappe pas à cette règle, il n'était pas dû au hasard et correspondait à l'époque, à sa grandeur et à sa misère.

Du pop, de l'Est-Ouest et de quelques-unes des sources documentaires. Uwe M. Schneede s'entretient avec Gerhard Richter SOURCE

Gerhard Richter. Images d'une époque, Hirmer Verlag, Munich, 2011, p. 104


Vous écrivez en 1963 à Helmut Heinze que vous trouvez dans les magazines les images constituant le fil conducteur de l'époque, et qu'il serait prétentieux pour un artiste de refuser ces images populaires. Vouliez-vous faire des tableaux qui plaisent ?
Vouloir plaire, c'est mal vu, à tort, parce cette aspiration a de multiples facettes :  pour commencer, les images doivent éveiller l'intérêt pour avoir une chance d'être vues, ensuite elles doivent montrer quelque chose qui retienne l'attention – et bien sûr elles doivent avoir un aspect agréable à voir, tout comme un chant doit être bien chanté – sinon on prend la fuite. On ne saurait prendre cette qualité trop au sérieux et chaque fois que mes travaux ont plu également aux gardiens de musée, aux profanes, j'en ai toujours été ravi.

Du pop, de l'Est-Ouest et de quelques-unes des sources documentaires. Uwe M. Schneede s'entretient avec Gerhard Richter SOURCE

Gerhard Richter. Images d'une époque, Hirmer Verlag, Munich, 2011, p. 110


Que cherchez-vous à obtenir avec ces images réalistes ?
Je m'efforce de peindre une image de ce que j'ai vu et de ce qui m'a ému, le mieux possible. C'est tout.

Je n'ai rien à dire et je le dis. Entretien avec Gerhard Richter, Nicholas Serota, printemps 2011 SOURCE

Gerhard Richter. Panorama. Rétrospective, Édition du Centre Pompidou, Paris, p. 26


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