Tableaux Gris

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Quand j'ai commencé (il y a environ huit ans) à recouvrir plusieurs toiles de gris, c'était parce que je ne savais plus quoi peindre ni ce qu'il fallait peindre. Pour moi, il était évident qu'un prétexte aussi pitoyable n'entraînerait que des résultats aberrants. Pourtant, avec le temps, j'ai constaté des différences qualitatives entre les diverses surfaces grises et j'ai remarqué que celles-ci n'exprimaient plus rien de cette motivation destructrice. Ces toiles m'ont donné une leçon. En universalisant un dilemme personnel, elles l'ont résolu : la détresse est devenue constructive, relativement belle et aboutie, donc peinture.

Lettre à Edy de Wilde, 23 Février 1975 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 91 


Le gris. Au pire, il n'exprime rien, ne suscite ni sentiment ni association d'idée; en réalité, il n'est ni visible ni invisible. Cette insignifiance lui confère la propriété ; de communiquer, de mettre en évidence et ceci d'une manière presque illusionniste comme sur une photo. Aucune autre couleur n'est capable de visualiser le néant.

Lettre à Edy de Wilde, 23 Février 1975 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 91


Pour moi, le gris est bienvenu, c'est lui qui correspond le mieux à l'indifférence, au refus du message, à l'absence d'opinion et de forme. Mais comme le gris ‒ au même titre que l'absence de forme et du reste ‒ n'est réel qu'en tant qu'idée, je ne peux produire qu'une couleur qui aurait la signification du gris sans en être. Le tableau est alors un mélange de gris fictifs perceptibles en tant que surface picturale.

Lettre à Edy de Wilde, 23 Février 1975 SOURCE

Gerhard Richter: Textes, les presses du réel, Dijon, 2012, ( traduit de l'allemand par Catherine Métais Bürhendt ), p. 91


En quoi ce concept d’« intact » s’applique à votre art ?
C’est un sujet idéal. Les tableaux gris, par exemple, surfaces peintes en gris complètement monochrome, sont issus d’une motivation ou résultent d’un état qui était très négatif. Cela a énormément à voir avec le désespoir, la dépression ou des choses comme cela. Mais à la fin, ces états doivent être utilisés à des fins contraires à leurs prédestinations et doivent amener les tableaux à une forme qui recèle la beauté. Et, dans ce cas, il ne s’agit pas de beauté insouciante mais plutôt sérieuse.

Interview with Christiane Vielhaber, 1986 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 191, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


La peinture utilisée pour les tableaux gris a été mélangée au préalable puis appliquée à l’aide de différents outils ‒ parfois un rouleau, parfois une brosse. C’est seulement après les avoir peints que je sentais que le gris n’était pas encore au point et qu’une autre couche de peinture était nécessaire.

Comments on some works, 1991 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 264, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


Vous avez souvent peins des tableaux gris au cours des décennies. Est-ce que vous avez quelque chose à en dire à ce propos ?
Sujet difficile. Le gris s’inspire certainement des photos-peintures et, naturellement, cela vient du fait que je pense que le gris est une couleur importante, la couleur idéale pour l’indifférence, pour éviter de s’engager, pour garder le silence, et le sens du futile. En d’autres termes, la couleur idéale pour les états d’âmes et des situations qui affectent l’individu et pour lesquels celui-ci voudrait trouver une solution visuelle.

Interview with Jan Thorn-Prikker, 2004 SOURCE

Gerhard Richter: Text. Writings, Interviews and Letters 1961–2007, Thames & Hudson, London, 2009, p. 478, ( traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale ).


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